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  • Cycle to Stop the Harm, une campagne qui vise à lutter contre les dommages. Un voyage à travers le Canada en faveur d’une politique sur les drogues progressiste.

    Cycle to Stop the Harm, une campagne qui vise à lutter contre les dommages. Un voyage à travers le Canada en faveur d’une politique sur les drogues progressiste.

    Le 1er janvier 2021, j’ai embarqué sur mon vélo et roulé de Saskatoon à Vancouver pour réaliser un projet de sensibilisation à la crise de l’empoisonnement aux opioïdes, à la réforme des politiques en matière de drogues et à la santé mentale, un projet appelé « Cycle To Stop The Harm ». J’ai également recueilli des fonds pour les organisations « Moms Stop The Harm » et la Coalition canadienne des politiques sur les drogues, deux groupes extraordinaires qui travaillent à la réforme des politiques sur les drogues, à la sensibilisation et à l’éducation. Déterminé, je me suis lancé avec un objectif de collecte de fonds de 20 000 $ et avec un vélo rempli de tout ce dont j’avais besoin pour survivre en faisant du camping d’hiver et du vélo à partir des prairies canadiennes, en passant par les montagnes, jusqu’à la côte ouest. Après 29 jours et environ 1 670 kilomètres, j’ai réussi à arriver à Vancouver avec tous mes orteils et tous mes doigts, le 29 janvier 2021, ainsi qu’un total de 25 450 $ de fonds recueillis. Avant tout, cela a permis de donner une voix à des dizaines de milliers de personnes qui sont autrement ignorées, et de sensibiliser à l’épidémie d’opioïdes actuelle.

    Iliajah Pidskalny making a peace sign in front of his bike
    Iliajah Pidskalny; Saskatchewan; 2021

    Au cours de ce mois-là, j’ai reçu de nombreuses questions : pourquoi le vélo ? Pourquoi l’hiver ? Pourquoi pendant une pandémie ? Mais qu’est-ce que tu as mangé ? Pourquoi du beurre d’arachide ? Qu’est-ce qui t’a motivé lorsque c’était vraiment difficile ? Comment t’es-tu entraîné pour cela ? Que feras-tu après ? As-tu un intérêt personnel pour ce problème ? Et enfin, la question la plus fréquente et la plus importante : de quels dommages parles-tu ?

    La réponse simple à ce dernier point concerne les dommages causés par nos politiques actuelles en matière de drogues, qui reposent sur un modèle qui a échoué depuis des décennies. La « guerre contre la drogue » est un terme utile, car il souligne l’agressivité de notre approche actuelle qui, comme la guerre, coûte beaucoup d’argent et de nombreuses vies. Après des décennies de ratage, un tel modèle est en contradiction avec les preuves, la logique et les droits de la personne. La crise des opioïdes est un exemple concret des dommages causés par la guerre contre la drogue. Cette crise représente une grave épidémie qui coûte la vie à des milliers de personnes.As-tu un

    Intérêt personnel pour ce problème ?

    Non, je n’ai pas de liens personnels avec une surdose ni avec l’empoisonnement par le fentanyl. Toutefois, je suis humain, et j’ai donc un lien personnel avec les autres humains. Je trouve que cette « guerre contre la drogue » est pitoyable et dévastatrice, et que les politiques dans ce domaine sont illogiques et injustes. Ces politiques ont été justifiées par un manque d’éducation sur les drogues, sur la consommation de drogues et sur la santé mentale, ce qui a créé une culture marquée par la stigmatisation et une marginalisation tolérée. Le Canada devrait prendre ce problème plus au sérieux avant que chaque Canadien ne perde un être cher à cause d’un empoisonnement par le fentanyl ou d’une surdose. Ce n’est pas « nous contre eux ». En adoptant une approche des politiques sur les drogues qui est plus empathique et qui respecte les droits de la personne, on mettra non seulement en lumière les inégalités systémiques, qu’elles soient socio-économiques, culturelles, raciales ou sexuelles, mais on pourra aussi mieux comprendre la santé mentale.

    Donc, quand on me demande, « de quels dommages parles-tu ? »

    Je parlais en fait des dommages causés par nos propres pensées. Que nous ayons perdu un proche ou que nous soyons prédisposés génétiquement à la dépression, notre esprit est à l’origine de tant de souffrances. « Cycle To Stop The Harm » était axé sur la santé mentale. Une réforme de la politique en matière de drogues est le meilleur moyen de renforcer la recherche, la compréhension et la compassion concernant la santé mentale et de réduire la stigmatisation (ainsi que de sauver la vie de dizaines de milliers de personnes). Nous sommes tous à risque de souffrir de troubles psychologiques, qu’il s’agisse de dépression, de sentiment de solitude, d’anxiété, de dépendance, d’avidité, de haine ou de jalousie. Ce sont les raisons principales pour lesquelles je me suis lancé dans la campagne « Cycle To Stop The Harm ». C’est pourquoi j’étais si motivé pour attirer l’attention sur ce problème, même si je risquais de souffrir d’hypothermie et d’engelures pendant 29 jours. Je pédalais pour tous les garçons et toutes les filles qui ont été empoisonnés par le fentanyl et pour toutes les mères et tous les pères qui souffrent maintenant de leurs pertes. Je roulais pour les communautés les plus pauvres du Canada, du Ghana, du Mexique et de tous les autres pays. Je pédalais pour les riches et les pauvres, les religieux et les athées, les jeunes et les vieux. Chaque jour sur cette bicyclette, je roulais pour chaque être humain.

    Pourquoi le vélo?

    Je savais que je pourrais faire du vélo et faire du camping en hiver. Je savais qu’un voyage fou comme celui-ci attirerait de l’attention. Je savais que je pourrais donner une voix à tant de personnes qui n’ont ni la possibilité ni les ressources pour s’exprimer (ou pour être entendues).

    Cold snowing Saskatchewan highway
    Highway in Saskatchewan; 2021 / Autoroute en Saskatchewan ; 2021

    Pourquoi en hiver?

    J’ai eu l’idée mi-décembre et je ne voulais pas attendre. On m’a dit que j’étais impatient, mais je dirais que je suis plutôt passionné. Je savais aussi que cette initiative gagnerait beaucoup plus d’attention en hiver qu’en été. De plus, voyager à vélo et faire du camping en hiver mettent en lumière certaines difficultés rencontrées par les Canadiens sans-abri. Ayant été témoin de l’itinérance lors d’un autre voyage hivernal à vélo de six semaines dans l’est du Canada (du 23 octobre au 3 décembre 2020), je voulais inciter les gens à réfléchir aux défis liés à l’itinérance. Je me suis souvent demandé pourquoi on me trouvait aventureux ou courageux, tandis qu’on disait rarement une chose pareille (ou rien du tout) aux personnes qui vivent dans la rue. C’est dur de vivre dehors en hiver, même si on est bien équipé et que c’est volontaire. Je ne peux pas imaginer comment c’est difficile de le faire involontairement et de devoir faire face à d’autres obstacles tels qu’une maladie mentale grave ou la stigmatisation.

    Pourquoi pendant une pandémie?

    Le monde entier se trouve aux prises avec une pandémie sans précédent, et pourtant, les problèmes de logement, de dépendance, de dépression, de suicide et d’autres troubles de la santé mentale et inégalités sociales ne cessent jamais. Au contraire, les surdoses et les suicides ont même augmenté dans de nombreuses communautés pendant ce temps. Je n’allais pas attendre que la pandémie soit « terminée » pour agir face à ces problèmes. J’ai suivi tous les protocoles sanitaires et accepté les défis particuliers que cela impliquait, comme vivre pendant deux semaines dans une tente, après de longues journées à vélo, jusqu’à ce que l’on puisse m’accueillir dans une maison. Cela m’a permis d’avoir accès à deux maisons chaleureuses au cours du mois de janvier, mais pas assez de douches…

    Quant au voyage même, je vais essayer de décrire en quelques mots les difficultés rencontrées.

    Grâce à mon bon équipement, je n’ai jamais eu froid pendant la nuit. Par contre, chaque matin, il a fallu que je sorte de mon sac de couchage bien chaud pour mettre des chaussettes, des bottes et des mitaines qui étaient gelées. Au cours de la nuit, mon souffle se transformait en neige sur les murs intérieurs de ma tente. Ainsi, si je bougeais brusquement, la neige tombait dans ma tente. J’avais des chaussettes sèches en réserve, mais mes bottes étaient mouillées (gelées), alors je les ai gardées en cas d’urgence (ce qui n’est jamais arrivé, heureusement). Jour après jour, tout devenait de plus en plus mouillé et gelé.

    Tent covered in snow along Cycle to Stop Harm route | Iliajah Pidskalny cycle
    Camping along Cycle to Stop Harm Route; 2021 / Faire du camping le long de la route de « Cycle to Stop the Harm » ; 2021

    Une fois que j’avais mis mes chaussettes et mes mitaines gelées, je rangeais le camp dans l’obscurité afin de pouvoir pédaler à l’aube. Comme la lumière du jour était limitée (surtout au début), je pédalais de l’aube au crépuscule. Il m’a fallu beaucoup de temps et d’énergie pour préparer et ranger chaque jour un camp d’hiver efficace. Afin que cela vaille la peine, il me fallait faire au moins 80 km de vélo par jour. Cette distance n’était pas facile à parcourir contre les vents contraires qui soufflent dans les prairies (toujours 50 km/h et parfois jusqu’à 90 km/h en rafales), mais j’ai pu parcourir une moyenne de 120 km par jour lorsque j’étais dans les montagnes.

    Une fois le camp rangé et le vélo prêt à partir, l’une des parties les plus difficiles était d’enlever des couches de vêtements avant de pédaler. Ça a toujours été dur. Je chantais et parlais comme un fou et cela semblait m’aider. Ensuite, il ne restait qu’à pédaler jusqu’à ce que mon corps produise assez de chaleur pour que mes frissons cessent. Mais, avant ces moments-là, le froid glacial semblait épuiser mon énergie physique et mentale… jour après jour. Une fois complètement réchauffé, j’ai pédalé avec seulement une chemise à manches longues, des leggings en polyester et un maillot de bain. Puis, la prochaine partie la plus difficile : m’arrêter pour faire une pause. Si je m’arrêtais, j’avais très froid, je frissonnais et je claquais des dents en quelques minutes (ou parfois quelques secondes). Être au beau milieu de nulle part au Canada avec de tels frissons conduit rapidement à l’hypothermie. Ma seule source de chaleur était celle de mon corps en faisant de l’exercice. Je m’arrêtais donc rarement et seulement quelques instants. Une petite gorgée d’eau (qui devait être gardée dans un thermos) et une petite bouchée d’autant de calories que possible avant de reprendre le vélo. J’ai remarqué que faire du vélo avec la bouche pleine de nourriture en essayant de ne pas s’étouffer et en portant un masque en même temps était une façon de se réchauffer rapidement après une pause.

    Qu’est-ce que je mangeais?

    Chaque matin et chaque soir, je mangeais des nouilles de riz avec du beurre d’arachide. Pour me soutenir le reste de la journée, je préparais des barres énergétiques à base de dattes, de chocolat, de beurre d’arachide et de tortillas. Après avoir pédalé toute la journée, j’avais toujours un gros coup de froid lorsque j’arrêtais enfin de pédaler pour la nuit. Pour éviter cela, je montais le camp aussi vite que possible (ce qui a toujours très bien marché). Ensuite, je préparais mes nouilles de riz pour le souper, souvent avec du jus de légumes ou des tomates en conserve et, évidemment, du beurre d’arachide. J’ai mangé d’autres choses sur ma route, notamment des bonbons en Saskatchewan et des croustilles en Alberta. Mais une fois que j’ai appris que la combinaison de dattes, de chocolat, de beurre d’arachide et de tortillas me faisait sentir invincible, je n’ai jamais voulu autre chose. Et ce fut ainsi, pendant 29 jours.

    Noodles cooked in a sauce pan in a tent
    Eating a meal during Cycle to Stop the Harm; 2021 / Prendre un repas pendant le « Cycle to Stop the Harm » ; 2021

    Pourquoi le beurre d’arachide?

    Tous ceux qui avaient suivi mon voyage sur les réseaux sociaux ont remarqué que le beurre d’arachide était un thème constant. Bien qu’il ait été considéré comme une sorte de blague, ce produit constituait la majorité de mon apport calorique. Non seulement parce qu’il ne coûte pas cher, mais aussi parce que j’ai de sérieux problèmes de santé intestinale (SCI). Mes problèmes de santé m’ont presque amené à arrêter de voyager et de vivre ce genre d’aventure, mais j’ai décidé d’adapter mon mode de vie (régime alimentaire) de manière à pouvoir faire ce que j’aime le plus. Évidemment, il a fallu que je redécouvre ce qui me passionne le plus, mais ça, avec le beurre d’arachide, me permet d’aller de l’avant. (Je partage cela pour rappeler que je suis humain et qu’il ne faut pas exagérer les qualités de mon caractère.)

    Qu’est-ce qui m’a motivé dans les moments les plus difficiles?

    J’ai rencontré de nombreuses personnes tout au long de mon parcours et chacune avait une histoire, que ce soit la perte d’un ami empoisonné par le fentanyl ou sa propre histoire d’alcoolisme, de consommation d’héroïne ou d’achats compulsifs. Je me rappelais chaque jour pour quoi et pour qui je roulais : c’était pour la santé mentale de tous. Quand mes orteils étaient gelés ou que le vent soufflait en rafales à 90 km/h, je me disais : « Ce n’est pas que pour toi, Iliajah. C’est pour tout le monde ». Je regardais vers les montagnes et je me disais : « Sois patient comme les montagnes, fort comme le vent, et humble comme la poussière ».

    Pendant ce mois, j’ai rarement pensé à ma destination. Je me concentrais plutôt sur un seul jour à la fois. Faire du vélo et du camping dans le froid exige beaucoup de concentration, et il y avait peu de temps ni pour célébrer ni pour me détendre. Chaque instant était très calculé, car je devais constamment faire face à la menace de l’hypothermie et des engelures. Cependant, lorsque j’ai quitté Manning Park un matin, à une température de -20 °C, et que je suis arrivé à Agassiz à une température de +8 °C l’après-midi même, je me sentais incroyablement soulagé. C’est à ce moment-là que j’ai su que j’avais réussi mon voyage et que j’arriverais en toute sécurité à Vancouver dans quelques jours. Lorsque je suis arrivé à ma destination officielle, la Jack Poole Plaza (flamme olympique) à Vancouver, tout ce que je ressentais était une fatigue indescriptible après mon voyage et une certaine joie à l’idée de ce qui m’attendait.

    Iliajah Pidskalny in front of the Olympic Flame in Vancouver
    Iliajah Pidskalny; Vancouver; 2021

    Comment me suis-je entraîné pour cela?

    Au cours des six dernières années, je n’ai pas eu de voiture, ce qui a signifié de nombreux hivers et de nombreuses randonnées à vélo sur de longues distances. Mon premier voyage a été de Saskatoon à Vancouver (en été, à 18 ans, avec un copain), et j’ai découvert une passion pour le vélo de longue distance. Depuis ce temps, je suis allé faire de longs voyages en Indonésie, au Cambodge, en Espagne, et ailleurs au Canada. Je savais que mes jambes étaient prêtes pour « Cycle To Stop The Harm ». Toutefois, comme l’hiver est une autre affaire, je me suis concentré cette fois sur mon esprit. J’ai eu la chance d’avoir le temps, l’énergie et les ressources (livres, WiFi, contacts) qui m’ont aidé à découvrir et à pratiquer la méditation. Ce fut le point de départ de mes sentiments de compassion et d’empathie, les sentiments qui m’ont poussé à me lancer dans un voyage à vélo en plein hiver, pour personne de particulier, et pourtant pour chaque personne en particulier.

    Et après?

    Je suis allé sur l’île de Vancouver et j’ai continué à faire du vélo pour « Cycle To Stop The Harm ». Ayant terminé la collecte de fonds, j’ai décidé de me concentrer sur le dialogue et la réduction de la stigmatisation. Je croyais que ce serait un peu moins dur que mon expérience de ce dernier janvier, mais j’avais tort. J’ai connu un autre mois plein de mains et de pieds gelés, avec des frissons et des claquements de dents contre l’hypothermie. C’était beaucoup plus difficile à surmonter que le mois de janvier, car il n’y avait pas de point final. Moins de monde suivait mon trajet, et mes efforts dangereux semblaient donc inutiles. Enfin, j’ai parcouru à peu près 500 kilomètres de plus, de Nanaimo à Campbell River, puis vers le sud jusqu’à Victoria, et enfin de retour à Nanaimo. J’ai donc décidé de ralentir le projet « Cycle To Stop The Harm » et de prendre le temps de guérir et d’arrêter de faire souffrir mon corps meurtri. Pourtant, alors que les jours sont plus chauds et que le soleil brille plus longtemps, des idées bourgeonnent dans mon esprit. Un nouveau défi m’attend et il s’épanouira au bon moment.

    ~ Avec amour et enthousiasme, Iliajah Pidskalny

  • En 2021, vers une réforme de la politique sur les drogues

    En 2021, vers une réforme de la politique sur les drogues

    Il faut reconnaître que 2020 a été un désastre. Il est possible d’exprimer le nombre de victimes en chiffres, mais on ne peut pas calculer l’impact et les dommages actuels. Amis, membres de la famille, partenaires et collègues ont perdu leurs vies, un grand nombre d’entre eux seuls, et la plupart, à cause des politiques sur les drogues échouées.

    Nous sommes bien conscients des difficultés rencontrées au cours de l’année passée. Toutefois, il faut reconnaître les actes de courage, d’ingéniosité et de détermination qui ont contribué à faire évoluer la situation en matière de santé publique, de réduction des méfaits et de politique sur les drogues. Avec la pandémie de la COVID-19, le grand public a pu voir et comprendre les inégalités sanitaires profondes qui affectent la société canadienne. Ainsi, le discours public et la conscience du public se sont ouverts aux questions qui concernent la consommation supervisée, la décriminalisation des drogues et un approvisionnement sûr— comme ils ne l’avaient jamais fait auparavant.

    A mourner sits on the ground at a rally in Vancouver
    Journée internationale de sensibilisation aux surdoses; Vancouver; 2020

    En 2020, le nombre de surdoses a continué à augmenter, mais la pandémie de la COVID-19 a également privé les Canadiens de leurs soutiens réguliers. Elle a peut-être finalement permis à certaines personnes de trouver un abri, mais le risque de surdose a aussi augmenté, puisque ces personnes vivaient désormais seules.

    En 2021, il y a beaucoup de travail à faire. Il y a encore des drogues toxiques dans le marché illégal. La stigmatisation et la discrimination repoussent encore les gens à l’ombre. Les gouvernements municipaux et provinciaux continuent de rejeter toute évidence de la réduction des méfaits et de ses effets positifs. De plus, il faut encore faire changer d’avis nos dirigeants élus et les convaincre de soutenir une politique progressiste sur les drogues.

    En 2021, la Coalition canadienne des politiques sur les drogues se concentrera sur la décriminalisation et la réglementation légale des drogues afin de mettre fin aux méfaits du marché des drogues toxiques. Pour y parvenir, nous mènerons une série de grands projets, chacun ayant son propre public et son propre objectif, afin de pousser le Canada vers un avenir sans méfait lié à la politique sur les drogues.

    Événement à l’appui du site de prévention des surdoses de Lethbridge; Lethbridge, AB; 2020

    Au premier plan de nos efforts se trouve le projet Aller de l’avant : mettre fin à la crise des surdoses. Ce projet national de dialogues sur la santé publique vise à aider les Canadiens à comprendre que nous poursuivons tous les mêmes objectifs : une société en sécurité et sans danger, ne souffrant pas des méfaits d’un approvisionnement toxique de drogues. À travers le Canada, ce projet permettra de rassembler les dirigeants des communautés afin de définir des valeurs et des objectifs communs, ainsi qu’une vision partagée du changement, permettant ainsi aux Canadiens de travailler ensemble à la recherche de solutions. Aller de l’avant vise à rapprocher les communautés et à établir ainsi une base solide de soutien public ce qui permettra de stimuler nos autres initiatives et efforts majeurs.

    Le projet Broken Drug Policies est un projet similaire en Colombie-Britannique, qui vise à accélérer la réforme des politiques sur les drogues en s’appuyant sur les progrès déjà réalisés au niveau provincial. Broken Drug Policies aidera le public à comprendre comment les systèmes interconnectés (de soins de santé, de justice pénale, de services sociaux et d’emploi) affectent la consommation de substances. Ce projet soulignera également que les citoyens ont le pouvoir d’influencer ces systèmes afin de créer des changements.

    Le Projet D’encadrement Actualisé examinera en profondeur comment un système légal de réglementation des drogues pourrait fonctionner. Seule un approvisionnement sûr et réglementé de drogues permettra de mettre fin à cette épidémie de décès par surdose, mais la première étape essentielle pour y parvenir est d’envisager un tel avenir. Dans le cadre de ce projet, la CCPD consultera les parties clés, notamment les consommateurs de drogues, afin de déterminer les facteurs qui contribueraient au succès d’un système légal de réglementation. Comment les gens auraient-ils accès à des drogues plus sécuritaires? Qui pourrait les obtenir? Quand et où pourraient-ils les obtenir? Tous ces points seront examinés afin de définir les grandes lignes d’un changement qui pourrait sauver des vies.

    Two men carry a large black wooden coffin along the march route
    Marche commémorative du Réseau des usagers de drogues de la région de Vancouver; Vancouver; 2020

    Imagine Safe Supply se joint à cet effort afin de définir le concept de l’approvisionnement sûr, mais aussi de préciser ce que cela signifie pour les personnes les plus directement touchées par les méfaits de notre politique actuelle sur les drogues : les consommateurs de drogues. Il est indispensable de comprendre en profondeur ce concept pour mettre en place une politique transformatrice.

    Avec le déploiement des vaccins de la COVID-19, on est ravi de démarrer la planification de Stimulus 2022 : Drogues, politiques et pratiques au Canada. Cette conférence sur la réduction des méfaits est la plus grande du pays. Elle réunira des spécialistes de la réduction des méfaits, des personnes qui consomment des drogues, des responsables gouvernementaux, des leaders communautaires, des défenseurs et des universitaires et leur permettra de partager leurs connaissances ainsi que de renforcer la communauté pour mieux répondre à la crise des surdoses la plus grave de l’histoire du Canada.

    En regardant vers 2021 avec espoir, il faut être unis, aujourd’hui plus que jamais, alors que nous progressons sur cette voie qui nous permettra de changer les politiques sur les drogues échouées et de sauver des vies. C’est pourquoi nous vous demandons de nous soutenir.

  • Canada’s busiest supervised consumption site shuts its doors on International Overdose Awareness Day

    Canada’s busiest supervised consumption site shuts its doors on International Overdose Awareness Day

    ARCHES closes on international overdose awareness day, ARCHES closes on international overdose awareness day

    International Overdose Awareness Day began in Australia in 2001 as a bold and public call to combat stigma around drug use, honour the lives that have been lost to overdose, and educate society on the life-saving value of harm reduction. It has grown every year, with a record 874 global events and participation from 39 countries, including Canada, in 2019. These are all encouraging signs that society is waking up to (and communities are mobilizing around) the truth that drug prohibition has failed and a new human rights- and public health-based approach to drug policy is desperately needed. 

    (Interactive)

    But it’s hard to sense this shift from the actions of the Alberta government, which recently cut funding to Canada’s busiest supervised consumption site, ARCHES, which forced its closure. The doors close today, International Overdose Awareness Day—a time when we should be moving towards progress through compassionate, evidence-based drug policy by embracing more harm reduction, not less. Instead, Alberta, in darkly ironic fashion, is sliding backwards—a regress that erodes the public health and safety of one of Canada’s hardest hit provinces when it comes to overdoses.

    Since opening in March of 2018, ARCHES, located in Lethbridge, Alberta, saw an average 663 visits per day. “That’s more daily visits than the busiest sites in Toronto—a city of more than two million, and Vancouver—where Canada’s first supervised consumption site was founded in 2003,” according to the Star Edmonton. The number of lives saved and positive impact to the greater community is immeasurable, so it is both baffling and dangerous to shut the doors on such a vital health service. Research from chief coroners across Canada makes it clear that using drugs alone is extremely risky at a time when the drug market is so toxic. People will likely die without the supervised consumption services ARCHES provides and the supportive environment it affords.

    In the first quarter of 2020, there were 127 fatal overdoses related to fentanyl in Alberta, an increase from the previous quarter where there were 105. 85% of the deaths this year occurred in larger urban centres like Edmonton, Calgary, Red Deer, and yes, Lethbridge1.

    In such a climate of death and human suffering, governments should be expanding harm reduction, not scaling it back. Alberta’s provincial government decided to pull funding after a financial audit found suspected financial irregularities around spending and expenses. But this is no reason to punish the marginalized clients who use the facility daily—whose very lives depend on its services and the community of care that has formed around them.

    TAKE ACTION: Sign the open letter to restore funding to ARCHES

    The Government of Alberta announced a mobile site will replace the services lost with the closure of ARCHES. But advocates warn that this can in no way replace the scale of services and community building a site like ARCHES provided. They’ve done the math, and the numbers are a cause for deep concern.

    Across Canada fatal overdoses are climbing, fuelled by the stress and public health strictures of COVID-19. In July, deaths hit a grim milestone in Toronto, claiming more lives than the coronavirus. Saskatchewan recorded more fatal overdoses in the first eight months of this year than all of 2018, “meaning the province may have set a new record for the number of people who have lost their lives to overdoses. The Saskatchewan Coroners Service says there were 40 confirmed and 139 suspected drug toxicity deaths between Jan. 1 and Aug. 6, for a total of 179,” writes Zak Vescera of the Chronicle Herald.

    (Vancouver Area Network of Drug Users memorial march; Vancouver; August 15, 2015)

    And in British Columbia, two consecutive months of record-breaking overdose deaths have both shattered and enraged the spirits of affected communities. This May there were 171 fatal overdoses; in June, 177; and in July, 175. Across Canada, grief, fatigue, and rage surface in equal measure as frontline communities fighting two public health crises (COVID-19 and overdoses) also battle hostile local governments threatening their ability to save lives.

    READ MORE: COVID-19 harm reduction resources

    Now more than ever, International Overdose Awareness Day is needed to affirm the value of harm reduction and the policy changes needed to stem the tide of fatal overdoses: decriminalization and a safe supply of drugs. At a federal level, there is slow and incremental progress. It is not nearly good enough, but better than the backwards direction we’re seeing from a provincial government that seems driven by ideology and out of touch with the science and evidence supporting harm reduction.

    Though drug policy is a federal matter, provincial governments have the power to alleviate some of the harm created by prohibition—which is fuelling overdose death—by, for example, deprioritizing police enforcement of certain drug laws (de facto decriminalization) and choosing where to spend money. Their funding decisions can also create serious harm for affected communities, as will likely be the case in Lethbridge.


    [1] https://open.alberta.ca/dataset/f4b74c38-88cb-41ed-aa6f-32db93c7c391/resource/45e03e51-0fa8-49f8-97aa-06b527f7f42c/download/health-alberta-opioid-response-surveillance-report-2020-q1.pdf

  • Decriminalizing drugs and the path towards defunding police

    Decriminalizing drugs and the path towards defunding police

    With global protests igniting around the killing of George Floyd in Minneapolis, calls to defund police are growing louder. For some, this may seem like an extreme proposition, but as the history of drug policy in Canada and globally has shown, the criminalization of drugs—and millions poured into police budgets to enforce associated laws—have fueled some of the greatest harms to society.

    This interview by Black Lives Matter Toronto co-founder, Sandy Hudson, articulates the clear logic around defunding police and what that means: reallocated funds more intelligently and eliminating from police control those roles they are now performing that cause serious community-level harm, and getting other more capable organizations to carry out those activities. Social development is key to creating healthier and safer communities. We believe it would make society safer by reallocating resources into vital social programs—like housing and employment services—that would do a better job in creating safety for everyone.

    The significant resources pouring into enforcing inhumane drug laws that criminalize the possession of controlled substances for personal use is one of many areas in the purview of police that should be defunded. There is a mountain of evidence showing that criminalizing people who use drugs is extremely harmful. Currently amidst the COVID-19 pandemic, the criminalization of drugs forces people to consume substances in isolation and engage in survival strategies that increase their risk of fatal overdose.

    The millions we spend on criminalizing drug use could instead be funnelled into harm reduction and drug treatment programs that have been proven to save lives and build community, rather than fuel harm. Police themselves have said that they “cannot arrest their way out of the overdose crisis.” The cost in taxpayer dollars, but more importantly human lives, could be reduced by moving away from policing in this area as has been done in other countries.

    (Photo credit: Peter Kim | National Day of Action on the Overdose Crisis | 2018)

    BC’s chief medical health officer, Dr. Bonnie Henry, recently lauded for her pandemic response by the New York Times, has called for the decriminalization of drugs. And this policy shift has been echoed by other leading health experts across Canada. This same shrinking of scope and defunding of budgets is possible in other areas of policing where public health and safety are being adversely impacted by police involvement, such as mental health calls.

    The amazing efforts and courage of Black-led advocacy groups have pushed this issue to the forefront of our collective consciousness at a time when the world is on the cusp of transformative change. In addition to amplifying the messages and calls for change of the #BlackLivesMatter movement, we can play an important role by supporting its efforts on the ground to ensure this pivotal moment in history bends towards justice.

    Please consider donating to Black Lives Matter Toronto or the Black Legal Action Centre to ensure the movement for change continues. 

    Stimulus Connect #3 is happening June 26. RSVP here.

    Drug decriminalization and defunding the police Drug decriminalization and defunding the police Drug decriminalization and defunding the police

  • APPEL URGENT : Soutenir les personnes qui consomment des drogues et les intervenant-es de première ligne pendant la COVID-19

    APPEL URGENT : Soutenir les personnes qui consomment des drogues et les intervenant-es de première ligne pendant la COVID-19

    Nous assistons actuellement à la collision de deux crises de santé publique : la pandémie dévastatrice de la COVID-19 et la crise d’empoisonnement par des drogues qui ne cesse de causer des décès. Dans la ligne de mire de cette catastrophe sans précédent se trouvent les personnes qui consomment des drogues et les professionnel-les de la santé et de la réduction des méfaits qui leur fournissent du soutien. Contrairement à bon nombre d’entre nous, ces personnes n’ont pas la possibilité de rester à la maison et de s’isoler, car plusieurs n’ont peut-être pas de logis, alors que d’autres effectuent un travail essentiel qui sauve des vies chaque jour.

    En cette période de crise, aidons les personnes qui sauvent des vies et qui ont désespérément besoin de soutien. Nous avons sélectionné cinq organismes de divers endroits du Canada que vous pourriez aider par des dons en argent et en nature. Merci de donner là où vous le pouvez.

    AIDS Saskatoon

    Cet organisme qui sauve des vies fournit des services d’éducation, de défense des droits, de soutien et de sensibilisation aux personnes vivant avec le VIH, le sida ou l’hépatite C, ou autrement affectées par l’un ou l’autre, dans le centre et le nord de la Saskatchewan. Faites un don ici

    Vancouver Overdose Prevention Society (Vancouver, CB)

    Vous pouvez faire un don à la Vancouver Overdose Prevention Society ici. Cet organisme de prévention des surdoses a besoin de thermomètres, de savon, de lingettes pour bébé, de vitamines et d’aliments sains.

    Toronto Overdose Prevention Society (Toronto, ON)

    La Toronto Overdose Prevention Society accepte les dons par le biais de son lien gofundme ou par transfert électronique direct à odpreventionsite@gmail.com. L’organisme a également besoin d’équipement de protection individuelle (ÉPI) comme des gants, des masques faciaux et du désinfectant pour les mains..

    Boyle Street Community Services (Edmonton, AB)

    Depuis 1971, Boyle Street Community Services soutient des personnes en situation d’itinérance à Edmonton. Vous pouvez faire un don en ligne ici.

    Turning Point Society (Red Deer, AB)

    A room with individual stalls

    Depuis plus de 30 ans, la Turning Point Society répond aux besoins de santé des communautés dans une approche de réduction des méfaits. L’organisme a un besoin urgent de masques et de désinfectant pour les mains. Vous pouvez également lui faire un don en ligne ici

    Autres ressources

    La pandémie de COVID-19 a mis en évidence les failles de notre système de lois et de politiques concernant les communautés marginalisées. En cette période de crise, ayez à cœur la santé et le bien-être des personnes en première ligne et des personnes sans abri ou sans ressources.

    Faites attention à vous et donnez généreusement si vous le pouvez.

  • Le soulagement de la douleur, une difficulté : problèmes d’accès à la marijuana médicinale  en Australie et au Canada

    Le soulagement de la douleur, une difficulté : problèmes d’accès à la marijuana médicinale en Australie et au Canada

    J’ai très vite compris que le Grand Nord blanc et son antipode ont beaucoup en commun : nous sommes tous deux des démocraties parlementaires; nous sommes tous deux avides de noyer les frites dans la sauce (même si les Australien-nes les appellent « chips » et n’ajoutent pas de fromage); et bien sûr, nous avons tous deux un système universel de soins de santé.

    Chacun de nos pays est fier, à juste titre, de son système de santé. Australien-nes et Canadien-nes, en étant témoins du débat qui fait rage actuellement aux États-Unis sur l’universalité des soins de santé, peuvent se dire : « Oh, comme c’est primitif, nous avons fait ça il y a longtemps. » Pourtant, malgré nos systèmes fantastiques, tant au Canada qu’en Australie, les patients ont encore du mal à accéder à un médicament antidouleur qui est vital, entièrement naturel et qui s’est révélé avoir toute une gamme d’autres avantages pour la santé, notamment en aidant des enfants atteints d’épilepsie à réduire leur risque de crise (Thomas & Cunningham, 2019). Je parle bien sûr du cannabis.

    Au Canada, la marijuana médicinale n’est pas un médicament remboursé par les assurances gouvernementales. Par conséquent, les coûts sont prohibitifs. En 2019, au Canada, le coût de la marijuana médicinale était en moyenne 75 % plus élevé par gramme que celui de la marijuana non médicinale. Cela peut sembler peu, mais lorsque l’on achète en quantité plus importante, pour remplir une ordonnance, ces coûts s’additionnent. La marijuana médicinale n’est pas assurée en Australie non plus; une cure de six à huit semaines de marijuana médicinale peut coûter plus de 750 dollars australiens (662 dollars canadiens). Cela peut entraîner une augmentation rapide des coûts des soins de santé; en Australie, le coût du traitement d’un enfant épileptique au moyen d’une dose standard de marijuana médicinale est de 60 000 dollars australiens (52 573 dollars canadiens) par année. Comme ces coûts ne sont pas couverts par l’assurance, il s’agit d’une facture médicale écrasante pour de nombreuses familles.

    Au Canada, certains changements ont été apportés pour répondre à cette situation. Des organismes comme CanniMed accordent un tarif de compassion pour le coût de la marijuana médicinale aux personnes qui touchent des prestations d’invalidité ou de chômage; et Anciens Combattants Canada couvre également ses membres inscrit-es pour l’utilisation de marijuana médicinale. Malheureusement, ce ne sont que deux exceptions. Un grand nombre de Canadien-nes à faible revenu qui ont besoin de marijuana médicinale demeurent incapables de surmonter les coûts prohibitifs. En Australie, les gouvernements de certains États ont cherché à contrer les charges financières par des programmes d’accès compassionnel, comme le cadre mis en place dans l’État de Victoria en vertu de la loi de 2016 sur l’accès à la marijuana médicinale. Ce programme subventionne le coût de la marijuana, mais uniquement pour des enfants épileptiques et seulement si les autres traitements ont échoué. Bien qu’il s’agisse d’une protection importante pour des enfants vulnérables, le régime est actuellement plafonné à 90 participant-es, ce qui en limite également la portée.

    De même, l’Australie et le Canada sont tous deux confrontés à des problèmes régionaux, car la marijuana médicinale est beaucoup plus accessible dans les villes que dans les zones rurales. Dans ces deux pays, des rapports troublants font état de personnes qui doivent faire des heures de route, à partir de leur région, afin de faire exécuter des ordonnances, soit en raison d’un manque de cliniques, soit (comme cela s’est produit au Manitoba en mars 2018) à cause de l’épuisement des stocks dans les cliniques.

    Bien sûr, le vent tourne au Canada. La marijuana étant légalisée pour un usage récréatif, les médecins hésitent de moins en moins à la prescrire. À mesure que la normalisation de l’utilisation de marijuana se poursuit, les compagnies d’assurance et les organismes gouvernementaux se rapprochent de la couverture de la marijuana médicinale. La culture légale de la plante de cannabis contribue également à combler le fossé pour les communautés rurales qui, autrement, pourraient avoir du mal à accéder à de la marijuana médicinale.

    Parallèlement, l’illégalité de la marijuana en Australie crée des obstacles supplémentaires à l’atteinte de résultats de santé, ce qui met en danger les personnes marginalisées qui ont besoin de ce médicament. Alors que les personnes riches peuvent surmonter les coûts prohibitifs de l’accès au soulagement de la douleur, les familles à faible revenu sont obligées de choisir entre une douleur atroce et le risque d’arrestation. Ceci est un autre rappel brutal du fait que notre approche aux drogues est dépassée et a de réels effets négatifs qui touchent de manière disproportionnée des groupes défavorisés.

    Le régime prohibitif de l’Australie est au moins sensé d’un point de vue logique : nous sommes encore à nous habituer à ce que la marijuana soit utilisée à des fins récréatives, ce qui entraîne une hésitation quant à son utilisation médicale. Malgré la lente décriminalisation de l’usage récréatif de la marijuana dans certains États et territoires, il reste encore beaucoup à faire avant d’arriver à une réglementation légale à grande échelle. Mais il est triste de constater qu’au Canada, alors qu’il est aussi facile d’acheter de la marijuana en boutique que de l’alcool, des fournisseurs d’assurance maladie et le gouvernement tardent encore à reconnaître les bienfaits médicaux de cette substance.

    Les Australien-nes et les Canadien-nes ont le droit d’être fiers et fières de leurs systèmes de soins de santé. Mais n’oublions pas qu’en ce qui concerne la marijuana médicinale, nous avons encore un long chemin à parcourir. Si les deux pays ne prennent pas de mesures plus importantes pour en améliorer l’accessibilité, nos prétentions de supériorité ne seront guère plus que de la poudre aux yeux.



    Thomas, Rhys H & Cunningham, Mark O (2019). Cannabis and epilepsy. Practical Neurology, 10, 465-471.

  • De l’antipode au Downtown Eastside : l’expérience d’un Australien dans des SPS et dans la communauté des soignant-es qui sauvent des vies

    De l’antipode au Downtown Eastside : l’expérience d’un Australien dans des SPS et dans la communauté des soignant-es qui sauvent des vies

    En tant qu’Australien à Vancouver, j’ai l’habitude de semer un peu la confusion dans l’esprit des gens. Parfois, les gens ne savent pas si je suis d’origine britannique ou néozélandaise. Parfois, ma façon de commander un café fait froncer les sourcils aux baristas. Et un jour, j’ai fait l’erreur d’utiliser l’expression argotique « that’s fair dinkum » (qui signifie « c’est la vérité ») dans une conversation avec un ami canadien qui insistait pour dire que l’australien devait être une langue en soi.

    Mais dans le domaine des politiques sur les drogues au Canada, j’observe une chose qui crée plus de confusion que n’importe quel détail d’accent linguistique. Lorsque je dis à quelqu’un que « l’Australie est loin derrière le Canada en matière de réduction des méfaits », sa mâchoire tombe. Réponse fréquente : « Mais l’Australie a des sites d’injection sécuritaire depuis les années 1990! » – et ce n’est vrai qu’à moitié.

    L’Australie possède actuellement deux centres d’injection supervisée. L’un est géré par la Uniting Church, à Sydney, et l’autre est un établissement gouvernemental qui a vu le jour en 2018 dans ma ville natale, Melbourne. Donc, l’Australie est en retard dès qu’il est question de chiffres : la ville de Vancouver compte dans un seul pâté de bâtiments un plus grand nombre d’établissements de réduction des méfaits que tout le continent australien. Mais il y a d’autres choses à copier du Canada.

    (Interactive Map)

     

    J’effectue un stage à la Coalition canadienne des politiques sur les drogues (CCPD), depuis janvier, et après mes débuts j’ai saisi l’occasion de faire du bénévolat une fois par semaine à l’Overdose Prevention Society (OPS), qui gère un site à bas seuil en prévention des surdoses. Je voulais aider un organisme qui sauve des vies et mieux comprendre un point de vue de l’extérieur du monde universitaire, sur les politiques en matière de drogues. Ceci m’a vite rappelé l’importance des sites de prévention des surdoses : dès mon premier soir de travail, il y a eu trois surdoses en trois heures. Grâce à l’intervention des employé-es, des bénévoles et des services paramédicaux, les trois personnes ont survécu – trois vies sauvées. Ceci se produit tous les jours. Et le nombre de décès évités est beaucoup plus grand.

    (Interactive Graph)

     

    Mais il y a une autre différence entre les sites de prévention des surdoses (SPS) et les sites d’injection sécuritaire du pays d’où je viens. Un SPS est un programme dirigé par des pair-es; le personnel et les superviseur-es vivent dans le Downtown Eastside et plusieurs de ces personnes ont été ou sont actuellement des personnes qui consomment des substances ou qui ont une expérience de l’itinérance. Le fait de payer des membres de la communauté pour travailler dans le site leur procure une « sécurité » (une occasion de gagner de l’argent légalement) tout en offrant une oreille empathique aux participant-es, plutôt que d’avoir des personnes privilégiées qui leur parlent avec condescendance. En tant qu’observateur extérieur, c’est très inspirant de voir le respect que les superviseur-es et le personnel inspirent aux participant-es.

    (Photo credit: Rafal Gerszak, The Globe and Mail | Trey Helten, Manager of the Overdose Prevention Society)

    Vous ressentez un sentiment de réelle communauté en regardant simplement l’espace et en observant les interactions informelles entre les gens. Le tableau d’affichage situé à côté du bureau d’accueil est recouvert d’œuvres d’art et de poèmes créés par des membres de la communauté. Il y a des canapés, sur lesquels certaines personnes dorment, et une grande table dans l’espace « chill », où les gens peuvent prendre place en attendant qu’un isoloir se libère ou simplement pour discuter avec d’autres. Même les pseudonymes utilisés pour s’inscrire sont des expressions créatives et personnalisées, un mélange d’insinuations, de jeux de mots ou de mots ou phrases significatifs de leur vie. Tout cela se combine pour donner le sentiment que cet espace appartient aux participant-es.

    Le bénévolat au SPS fait partie des points forts de mon séjour à Vancouver. C’est un environnement vraiment positif, ce qui peut sembler étrange puisque ma première expérience a consisté à intervenir dans trois cas de surdose, mais je le pense vraiment. Le personnel est vraiment gentil et chaleureux, et c’est toujours génial quand j’ai la chance de discuter avec un-e participant-e au moment de son arrivée. En plus de me permettre de rencontrer des gens inspirants, le SPS me donne beaucoup d’espoir, tout comme il le fait pour les innombrables membres de la communauté qui utilisent ses services vitaux. Lorsqu’on travaille dans le domaine des politiques sur les drogues, il est facile de devenir pessimiste alors que des gouvernements, la police et des personnes mal informées mettent des obstacles sur la voie du progrès. Mais le SPS est un rappel du fait que, malgré ces obstacles, des gens font chaque jour une différence positive dans la crise des surdoses.

    (Photo credit: Rafal Gerszak, The Globe and Mail | Sarah Blyth, executive director at the Overdose Prevention Society)

    C’est ce qui manque à l’Australie. Outre le fait que les gens sont mal informés sur les sites d’injection sécuritaire, il nous manque une approche communautaire à la réduction des méfaits. L’Australie devrait se concentrer sur la création d’espaces qui sont non seulement physiquement sûrs, mais qui permettent aux gens de se rassembler, de bâtir une communauté et de trouver de l’espoir. Bref, l’Australie n’a pas seulement besoin de plus de sites d’injection sécuritaire : elle a besoin de plus d’espaces comme les SPS. Et c’est la vérité – comme on dit chez moi, « that’s fair dinkum ».

    Daniel Gates est stagiaire de recherche à la Coalition canadienne des politiques sur les drogues; il poursuit un double diplôme en droit et en relations internationales à la Monash University (Australie). L’Overdose Prevention Society accepte les dons de vêtements, de couvertures et de nourriture. Vous pouvez déposer vos dons au 58, rue Hastings Est, à Vancouver, entre 8 h et 21 h, 7 jours par semaine. Vous pouvez également leur faire un don d’argent en ligne ici.

  • For drug policy, the university of life imparts the most important lessons of all

    For drug policy, the university of life imparts the most important lessons of all

    The following commencement address was delivered on October 27, 2019 to the graduating class of Adler University’s Vancouver Class of 2019 by Donald MacPherson, executive director of the Canadian Drug Policy Coalition (Simon Fraser University), as he received an Honorary Doctorate in honor of his work to improve Canada’s approach to illegal drugs. 

    Thank you so much for this incredible honor. I am delighted to receive this honorary doctorate from Adler University. It means a lot to me and I am quite moved by your decision. 

    I do have a confession though: I am a lapsed Masters candidate—lapsed, indeed expired, like a parking meter. Out of time. They gave up on me. Yes, I received that letter informing me of my new status as a Masters candidate from the Ontario Institute for Studies in Education many years ago. After two years full-time and two years part-time—ok I’m slow, I guess so slow that I lapsed—my status expired within the academic system. The finality of it all! Don’t get me wrong. It was the best thing I’ve ever done to go down that Masters rabbit hole.  The people, the program, the opportunity to spend time going deep into how people learn, how change comes about, and to learn about social movements around the world was one of the best things that I have ever done! 

    Credit: Jerald Walliser | Donald MacPherson receiving an honourary doctorate from Adler University | October 2019

    But not finishing what I had started took me to some very dark places. I was so terribly hard on myself and coming down from the mountain without reaching the peak was difficult and devastating for some time. But coming down from the mountain is often the best decision lest the mountain engulf you. So, take care of yourselves and each other as you pursue your next steps. The work I know you are engaged with can be overwhelming, confusing, and challenging. 

    I had good excuses though for lapsing out on my Masters.  I remember my thesis advisor coming across me changing the diaper of our second child on my desk at the university—she is with us today just over there—and he admonished me: “Donald, no more babies till you get that thesis finished.” Shortly after that my wife and I packed up our two kids and headed to Vancouver—me always intending to complete the program from afar. In Vancouver, we had a third child and I began working at the Carnegie Community Centre, at the corner of Main and Hastings, in the middle of what was to become the largest open drug scene in Canada and the confluence of an HIV epidemic among injection drug users and Canada’s worst overdose death epidemic. I was carried away and soon to be on a mission. And remained lapsed! 

    I feel like I must only accept this honor on behalf of the many in the community and around the world who are working to change what are truly barbaric and simplistic historic approaches to the complex bio-psycho-social-cultural-developmental and often spiritual phenomenon: using psychoactive substances. So many have dedicated their lives to ending the devastating injustices of a global war on drugs, which really is a war on vulnerable, criminalized, and objectified people around the world. After all, those with privilege and power who use illegal drugs rarely meet the players in the criminal justice system. 

    The recognition by Adler that the work to change the way things are in this country, and indeed the world, in the area of drug policy means a lot to me and indeed tells me much about the depth of commitment to social change of this university. The issue of drug policy reform has NOT been taken up as a critical social justice issue by so many governments, institutions, and other organizations that claim to pride themselves on supporting social innovation and change. Our drug policies are deadly public policies, and so many institutions are complicit in maintaining them. 

    Credit: Jerald Walliser | Donald MacPherson giving commencement speech to Adler University’s Vancouver Class of 2019 | October 2019

    The commitment to community engagement by this university is a critical part of understanding the catastrophic failure of our current approaches. My education on drug policy issues came directly from the community here in Vancouver; [namely], from working on the corner of Main and Hastings for ten years, talking to people who used drugs and community members about the absurdity of our approach to people who use criminalized substances, which has played out with the same ineffective and harmful results over and over again. That is where I learned so much. 

    But what advice do I have for you from my many years as a lapsed Masters candidate and drug policy reform advocate? 

    Don’t look for jobs. Make them up! Look around and see what needs to be done and write the job description you want to have and shop it around. Sometimes it even exists out in the world, but you just haven’t found it. But knowing what it is helps you to navigate towards it. At other times your proposed job description will compel people to think about what is needed. I didn’t know I had these powers but the last three jobs I have had came from a real effort on my part to be clear on the context of the work that I wanted, as in the Carnegie Centre work, or to create opportunities to fill in a missing role in the orchestra of people working towards change, as in the City of Vancouver Four Pillars drug policy work and as in my current role as director of the Canadian Drug Policy Coalition, an organization I co-founded with a number of other Canadians committed to working together to reform Canada’s badly outdated drug policies. 

    Know that this is a critical time for social change. The structures and systems of the past have been found to be wanting in so many areas— economics, climate change, drug policy, housing to name a few—and there are real generational shifts and accelerations taking place that you will be a part of. Just ask dear Greta Thunberg who spoke so eloquently on Friday (October 25) about the need for climate action. Listen to her speech in Vancouver and learn from it.   

    Be bold. Think bold, take risks, but be strategic. It is past time for bold action on any number of issues we face every day here in Vancouver and Canada. 

    Credit: Jerald Walliser | Donald MacPherson giving commencement speech to Adler University’s Vancouver Class of 2019 | October 2019

    Canada’s response to the devastating loss of almost 13,000 people to illicit drug toxicity deaths in the past three years and three months has been pathetic and bound by blinkered thinking; stubborn adherence to policies that have failed miserably; and risk averse bureaucracies and politicians who refuse to even learn enough about the reality of this disaster, its impacts on families, and communities to be able to converse intelligently in public about the potential interventions that might work to stop this epidemic. The inability to even say the words that represent new and bold ideas in this recent election campaign is astounding. 

    Some have even weaponized ideas that are in fact at the leading edge of public health and social justice thinking. One politician accused the leader of a party of planning to legalize hard drugs if elected—something she implied would be tantamount to chaos in our communities and death for our young people! We already have chaos and death and transnational organized criminal organizations selling drugs to our youth. That is the result of our current approach. She had no idea that the recommendations from two of Canada’s largest health authorities were just that: create a legal regulated market with currently illegal drugs. The Chief Medical Health Officers for Vancouver Coastal Health, Patricia Daly, and Toronto Public Health, Eileen de Villa, have both called for a legal regulated supply of opioids for people who use them so that they stop being poisoned to death in numbers that are at historic levels.

    If our politicians have diverged so far from the evidence and advice of senior public health officials in the context of a national public health emergency, we have some major knowledge translation work to do!

    Words matter. Find those new ideas and say them loud and often. Write about them. Put them on the record in your conversations with your bosses, your peers, and your community and institutions of government. Put them on the record in public hearings and processes. This will breathe life into them. 

    Learn how to say things to leaders and others with power that make them uncomfortable. It’s an art to do this, but start getting better at it. If something looks like an absurd way to proceed, it probably is—so say it! 

    And of course, always challenge yourself. Don’t get too comfortable in your work. Don’t become part of an “industry” servicing these complex societal problems within institutional systems that so often resist real change. This is a time of reconciliation with Indigenous peoples, and a time when maintaining the status quo is killing people, a time when it is imperative to plan for and support engaging people with lived experience in all aspects of research and program development and implementation. Work from within if you are within. Institutional change is an important part of the way forward. There are thousands of willing people and many resources that can be harnessed to support radical change within in many community institutions in my opinion. 

    And lastly, go find your peeps in other places. Go to international conferences that engage people working on the frontlines of responding to critical health, social, and economic crises globally. I often get asked how I continue to do this work after so many years of pushing for change that never seems to be coming fast enough. My answer is that there is an amazing global community of people in every country working hard to overturn draconian, harmful, and misguided drug policies that are causing immense harm to communities around the world. When we all get together it is powerful and accelerates our learning. We gain perspective, knowledge, and come to know that we are not alone in what is a global movement for change. And of course, the parties are spectacular! 

    Best to you all at Adler in the coming months and years. May the road rise up to meet the class of 2019. I am so thankful that you are here! 

    Thank you very much. 

  • What a Liberal minority government means for drug policy in Canada

    What a Liberal minority government means for drug policy in Canada

    Back in 2005, it was a dark time for drug policy in Canada. A Conservative government under Stephen Harper was openly hostile towards harm reduction efforts and fought the provision of life-saving services at Insite, North America’s first supervised consumption site, all the way to the Supreme Court of Canada. They would eventually lose.

    In 2015, the federal Liberals under Justin Trudeau brought a wave of optimism—“sunny ways,” they called it. But since then, nearly 13,000 people in Canada have died from accidental drug poisoning and overdose, and the body count has cast a pall over this government’s first term in office during what is undoubtedly one of the worse human rights disasters of our time.

    Now, with a second mandate, the Liberals have another chance to do what is right: embrace evidence-based policies that will help end the deaths and human suffering crippling communities across Canada. But this time, there is one key difference that is cause for cautious optimism: with a minority government, the Liberals are now beholden to other parties for their power to govern, and at least two—the New Democratic and Green parties—have espoused progressive, bold ideas that the Liberals failed to embrace fully during their first term.

    Both have called for the decriminalization of drugs (for personal possession), a step Portugal took in 2001, which has shown positive health and social outcomes. The Greens went one step further and stated their support for a safe and regulated supply of currently-illegal drugs (“safe supply”). This would directly address the root cause of this human rights and public health crisis: a toxic drug supply that is the product of an illegal, unregulated market created through prohibition. Jagmeet Singh, leader of the federal NDP, stated he would have called a national public health emergency on the first day of his government if he had won. This is a declaration the Liberals failed to call in their five years of governing—one which would have mobilized additional resources, underscored the urgency of this crisis among Canadians, and helped remove the deep stigma around substance use entrenched in society. Now, hopefully pressured by the NDP, the Liberals have a second chance to make that declaration.

    With a minority government, we expect to hear strengthened calls for action and pressure from other political parties to act, and a renewed openness to exploring bold new initiatives led by people affected by substance use. That is because two parties in Ottawa have vocally called for change (decriminalization and legal regulation), and now one of them holds some degree of power to influence the trajectory of government. The NDP’s support is necessary to pass legislation, and keeping them on side is in the best interest of the governing Liberals.

    The run-up to an election is also never an ideal time to take political risks, but now the Liberals have no such obstacle. The willingness and openness to do what is right should be an easier political path for a party that has just started its second term. And now, dependent on the support of other parties to maintain their tenuous grasp on power, the Liberals can let these parties champion in Parliament the politically contentious yet desperately needed policy solution to end the drug poisoning crisis they’ve been reluctant to implement.

    (Interactive Map)

    To be fair, the federal Liberals have done a vastly better job than the Conservatives would have in the area of harm reduction. During their five years in power they approved at least 40 supervised consumption sites (including mobile sites) and streamlined the process to applying for and opening these life-saving facilities. They have also begun to explore safe supply initiatives; and in general taken steps in the right direction, but never enough or with large enough strides to prevent the catastrophic loss of life unfolding across Canada. It is now time to take those steps. They have both the time, and support to do so. We hope to see not only more supervised consumption sites, but more stable funding and resources for those already saving countless lives every day.

    With a new mandate and two parties supporting bold policy changes, Justin Trudeau has more latitude than ever to do what is right. It is precisely during times of crisis such as this where leadership is tested, and leadership can shine. We hope this will be one of those moments.